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Newsletter n°26 InterChanvre đŸŒ±

18 févr.
15 min de lecture

(Attention, cette newsletter est bien la propriĂ©tĂ© d'InterChanvre, nous la partageons dans l'intĂ©rĂȘt qu'elle soit lue).

La personnalité de la filiÚre



Didier Vagnaux, 33 ans au service du chanvre chez Interval


PrĂ©sident du groupe Interval depuis 1993, Ă  l'aube de la retraite Didier Vagnaux vient de passer la main Ă  Pierre-Étienne Finot. TrĂšs impliquĂ© dans le chanvre, il Ă©tait Ă©galement administrateur Ă  la FNPC et Ă  InterChanvre. « Le dĂ©veloppement de la filiĂšre chanvre au sein du groupe Interval n'est pas l'Ɠuvre d'un seul homme, mais le fruit de l'engagement collectif du conseil d'administration et de l'investissement du directeur, Philippe Guichard », tient Ă  prĂ©ciser Didier Vagnaux. À la tĂȘte de ce collectif, il a participĂ© Ă  l'arrivĂ©e du chanvre chez Interval, « une rĂ©ponse aux Ă©volutions de la Pac », Ă  la crĂ©ation de la filiale Eurochanvre en 1994 et de l'usine de dĂ©fibrage. « Nous avons dĂ» surmonter de nombreuses difficultĂ©s tant au niveau de la rĂ©colte que du dĂ©fibrage. » En 2001, Interval créé AFT Plasturgie avec La ChanvriĂšre de l'Aube pour intĂ©grer des fibres vĂ©gĂ©tales dans la plasturgie. Suite au retrait de La ChanvriĂšre, Interval poursuit seul puis scelle un partenariat avec l'Ă©quipementier automobile Faurecia pour crĂ©er APM en 2015. « Au fil du temps, les dĂ©bouchĂ©s ont gagnĂ© en technicitĂ© en passant de la papeterie de luxe Ă  la plasturgie automobile et au chanvre textile cotonisĂ© pour la fibre, du paillage et de la litiĂšre au bĂ©ton de chanvre pour la chĂšnevotte. Le chĂšnevis, au dĂ©part destinĂ© Ă  l'oisellerie et Ă  la pĂȘche, est maintenant destinĂ© Ă  l'alimentation humaine. Aujourd'hui, 1 500 ha de chanvre sont produits par 120 producteurs environ. Si la rentabilitĂ© et les dĂ©bouchĂ©s sont bien prĂ©sents, l'extension des surfaces se heurte Ă  des contraintes de main-d'Ɠuvre sur des exploitations de plus en plus grandes cherchant Ă  simplifier leur organisation. »










CongrĂšs All Hemp 2026


Cette newsletter fait écho au 3e CongrÚs All Hemp, temps fort de la filiÚre chanvre industriel tous les trois ans organisé par InterChanvre. Les 12 et 13 janvier derniers, ce congrÚs développait tous les atouts environnementaux du chanvre et de leurs valorisations au bénéfice des producteurs. C'est pourquoi l'Académie du Climat, lieu emblématique des impacts environnementaux hébergeait en ses murs ce trÚs bel événement.


Retour sur les moments forts de ces deux journées.


Un CongrÚs 2026 sous le signe de la nouveauté


● Le chanvre Ă©tait prĂ©sent sous toutes ses formes lors de ce congrĂšs, au cƓur des interventions bien sĂ»r avec des intervenants jamais vus Ă  All Hemp comme Emmanuelle Cosse (PrĂ©sidente de l'Union Sociale pour l'Habitat), Fanny Foreau (Responsable des achats et des partenariats pour les matĂ©riaux biosourcĂ©s chez Bouygues Construction), Jacques Baudrier (adjoint Ă  la maire de Paris en charge du logement et de la transition Ă©cologique du bĂąti), mais pas seulement. En tout 60 intervenants français et Ă©trangers se sont succĂ©dĂ© au micro.


● L'exposition Chanvr'Art a sublimĂ© le chanvre en 2D ou 3D via des Ɠuvres remarquables d'artistes qui pour certains ont exposĂ© au Grand Palais : Nicolas Pinon, laqueur dĂ©corateur indĂ©pendant (« Entropie » Ă  base de fibres et poussiĂšres de chanvre), Niki Stylianou, sculptrice, peintre et designeuse (« Arbre de LumiĂšre » et « ForĂȘt de chrysalide » Ă  base de filasse de chanvre), Yannick Masson, plasticien scĂ©nographe (Ɠuvre Ă  base de gĂ©otextile), Jean-Marie Pierret, peintre (peinture sur du gĂ©otextile), Paul Huchede & InĂšs Adam, Atelier DAMA (« Étreinte », « Aurore » et « SĂ©maphore » Ă  base de fibres de chanvre) et l'École nationale supĂ©rieure de crĂ©ation industrielle (maquette Ă  base de fibres de chanvre). Certaines des Ɠuvres sont Ă©galement achetĂ©es par le Mobilier National.


● Le nouveau guide de culture du chanvre, le lexique de la filiĂšre chanvre ainsi que la synthĂšse de l'ACV du chanvre cotonisé français rĂ©cemment finalisĂ©e ont Ă©tĂ© remis aux participants.


● Lors de l'atelier « Construction », les spĂ©cialistes de la construction ont pu visiter des bĂątiments en bĂ©ton de chanvre avec des rĂ©fĂ©rences fournies par la Mairie de Paris.


● Un atelier a Ă©galement Ă©tĂ© dĂ©diĂ© Ă  la dynamique territoriale française et internationale autour du chanvre avec des tĂ©moignages de l'Alsace, Charente-Maritime, Normandie, des Landes, mais Ă©galement d'Afrique du Sud, du QuĂ©bec et d'Allemagne.


Des surfaces et des marchés en pleine expansion


« La dynamique de la filiĂšre est excellente avec des surfaces de chanvre françaises multipliĂ©es par trois ces dix derniĂšres annĂ©es pour atteindre 24 600 ha, soulignait Franck Barbier, prĂ©sident d'InterChanvre en ouverture du 3e CongrĂšs All Hemp de la filiĂšre. Notre objectif est de doubler les surfaces dans les cinq prochaines annĂ©es, malgrĂ© un contexte international compliquĂ©. » La France est le 2e producteur mondial alors que les surfaces mondiales ont diminuĂ© ces derniĂšres annĂ©es aprĂšs la bulle du marchĂ© du CBD. Plusieurs dĂ©bouchĂ©s sont en forte progression en France : l'alimentation humaine qui est passĂ©e de 15% des graines produites Ă  42% en 8 ans, la construction en bĂ©ton de chanvre avec une hausse des volumes de 16% par an. Concernant les fibres, le dĂ©bouchĂ© textile progresse de 10% des fibres produites Ă  14%, de mĂȘme que le gĂ©otextile qui atteint 4%. Les volumes d'isolants en chanvre sont stables et les isolants biosourcĂ©s reprĂ©sentent 11% des parts de marchĂ© des isolants en France. Pour lever toute ambiguĂŻtĂ©, depuis janvier 2024, InterChanvre a Ă©cartĂ© les fleurs et feuilles (marchĂ© de la molĂ©cule) du pĂ©rimĂštre de l'interprofession du chanvre industriel.










Débouchés


Une plante valorisée entiÚrement


« L'objectif de la filiÚre est d'assurer une valorisation optimale de chaque composant de la plante pour garantir la meilleure rémunération possible des agriculteurs, soulignait Philippe Guichard, président de l'Union des Transformateurs de Chanvre (UTC).


En 30 ans d'existence, nous avons créé le label « ChÚnevis français », développé l'utilisation des fibres en plasturgie, valorisé les poussiÚres en méthanisation et le projet Chaber, actuellement en cours, permettra de valoriser la chÚnevotte grise. Concernant le chÚnevis, la filiÚre oriente sa stratégie vers la boulangerie artisanale, en se focalisant sur la viennoiserie, en devenant fournisseur de solutions et de recettes pour les artisans. » 


C'est dans ce contexte que l'atelier Alimentation du 2e jour du CongrÚs a eu lieu au Syndicat des Boulangers du Grand Paris avec Stéphane Treuiller, artisan boulanger, champion de France en Boulangerie 2011. « La filiÚre déploie également des efforts constants pour faire reconnaßtre les vertus environnementales du chanvre. Mais malgré son caractÚre exemplaire, les démarches auprÚs de l'administration et de l'Inrae pour obtenir un Certificat d'économie de produits phytosanitaires (CEPP) se heurtent à une forme d'inertie bureaucratique. »


Construction


Quels leviers pour développer la construction durable ?


Une filiÚre intégrée


« La filiÚre de la construction en chanvre repose sur une intégration verticale complÚte, des producteurs de matiÚres premiÚres jusqu'aux metteurs en marché : c'est sa signature, rappelle Nathalie Fichaux, directrice d'InterChanvre. Cela permet de répondre aux sollicitations de grands donneurs d'ordres. Un exemple : Grand Paris Aménagement projette la réalisation d'un million de mÚtres carrés de plancher à l'horizon 2030. La filiÚre est en mesure de calculer la surface agricole de chanvre nécessaire et de planifier sa mise en culture. C'est cette corrélation directe entre les besoins de la construction et la production agricole qui soutient la croissance actuelle de la filiÚre. »


Des programmes de recherche structurants


« Trois programmes de recherche majeurs sont actuellement déployés », précise Guillaume Delannoy, vice-président de Construire en Chanvre et responsable développement industriel et étude de FRD-Codem. Le programme NeccITE se concentre sur l'Isolation Thermique par l'Extérieur (ITE), méthode actuellement hors du cadre normatif des rÚgles professionnelles, bien que des réalisations exemplaires existent déjà. Des essais de résistance à l'humidité et à la pluie battante sont en cours afin d'élaborer des guides pratiques pour accompagner les maßtres d'ouvrage et, à terme, intégrer l'ITE préfabriquée au corpus réglementaire de la filiÚre. 


Le programme Pythagore se concentre sur la régulation hygrothermique particuliÚre du béton de chanvre pour corriger les méthodes de calcul actuelles qui ne reflÚtent pas ses performances réelles, tant sur le plan technique qu'économique. L'ambition de Pythagore est de convertir ce savoir scientifique en données pour les bureaux d'études et de les utiliser pour un travail d'influence pour que cette particularité soit prise en compte dans les calculs réglementaires.


Enfin, le projet Chabler qui vise à valoriser la chÚnevotte grise dans le secteur de la construction, souhaite s'ouvrir à l'international pour récolter des premiers éléments de caractérisation.


Une implication indispensable des élus locaux


AprĂšs avoir ƓuvrĂ© 10 ans pour sortir le premier Ă©co-quartier en bĂ©ton de chanvre, testĂ© les premiers ERP (Etablissement recevant du public) en bĂ©ton de chanvre prĂ©fabriquĂ©, Jean-Michel Morer, maire de Trilport (Seine-et-Marne), ouvre les portes de ses rĂ©alisations aux autres maires pour qu'ils en prennent de la graine. 

« L'ambition est maintenant de changer d'Ă©chelle grĂące au bĂ©ton de chanvre prĂ©fabriquĂ© de Wall'up pour une montĂ©e en puissance de la filiĂšre de construction en chanvre, souligne Jean-Michel Morer. Le chanvre ne doit pas ĂȘtre abordĂ© de maniĂšre segmentĂ©e, mais comme un atout pour l'amĂ©nagement du territoire, conciliant souverainetĂ©, environnement et Ă©conomie. Le combat culturel auprĂšs des Ă©lus et des architectes est en grande partie gagnĂ©. Il faut dĂ©sormais mieux rĂ©tribuer les agriculteurs pour les externalitĂ©s environnementales positives gĂ©nĂ©rĂ©es afin de pĂ©renniser le modĂšle Ă©conomique et en faire les alliĂ©s durables de la transition environnementale. »


Plasturgie


Le chanvre intégré dans des véhicules de prestige


« L'usage du chanvre dans l'industrie automobile est une réalité concrÚte », rappelle Karim Belouli, directeur Eco-Technilin, société qui produit chaque année sept millions de piÚces automobiles, équipant cinquante-quatre modÚles de véhicules circulant actuellement en Europe. « Le chanvre est intégré dans des modÚles variés et prestigieux, notamment Opel Insignia, Hyundai i30, Ford Kuga, Ford Transit Connect, Volvo XC40, Volkswagen Golf, Renault Mégane E-Tech ainsi que des véhicules des marques Ligier, Aixam, Jeep, McLaren. »


Textile


L'ACV du chanvre cotonisé français finalisée

Au mĂȘme titre que le guide de culture du chanvre ou le PSE (paiement pour services environnementaux), il est important pour InterChanvre de fournir des outils structurants aux acteurs de la filiĂšre. L'Analyse du Cycle de Vie (ACV) du chanvre cotonisĂ© rĂ©alisĂ©e par Evea avec InterChanvre en est une.


Elle permet d'apporter les premiÚres données environnementales de la production de chanvre industriel français dans une base de données internationale de référence (Ecoinvent). Ainsi, le chanvre cotonisé français a une empreinte carbone de 1,15 kg eqCO2/kg de matiÚre, soit trois fois moins que le polyester (hors fin de vie) et deux fois moins que le coton ou la viscose.


Représentative de plus de 90 % de la production de chanvre français, cette ACV remplace des données antérieures basées sur le chanvre indien.


La qualité des fibres, un enjeu primordial


« Il n'existe pas de fibres de qualitĂ© mĂ©diocre, souligne Estelle Delangle, directrice du PĂŽle europĂ©en du chanvre. Il faut juste une adĂ©quation entre la typologie de la fibre et son usage final, c'est-Ă -dire mettre la bonne fibre au bon endroit. Pour cela, le projet ICHAT en cours a pour objectif d'analyser les meilleures technologies de valorisation de la fibre de chanvre textile (courte, semi-longue et longue) autour de trois axes : les itinĂ©raires techniques du champ aux produits finis, le modĂšle Ă©conomique et l'impact Ă©cologique de chaque Ă©tape des itinĂ©raires techniques sĂ©lectionnĂ©s. Ce projet mobilise des acteurs majeurs de la filiĂšre dans les rĂ©gions Normandie, Hauts-de-France et Grand Est. » De son cĂŽtĂ©, Lin et Chanvre Bio Ɠuvre Ă  structurer, de maniĂšre pĂ©renne, une filiĂšre de chanvre textile « fibres longues » en s'inspirant du modĂšle du lin. « La culture du chanvre textile fibres longues Ă©tant complexe, LCBio a Ă©ditĂ© un guide de culture spĂ©cifique et la rĂ©munĂ©ration du producteur est corrĂ©lĂ©e Ă  la qualitĂ© des fibres », prĂ©cise Nathalie Revol, responsable de LCBio.


Géotextile


Une utilisation en agriculture et en espaces verts...

Géochanvre confectionne des toiles végétales en rouleaux à base de chanvre en excluant tout recours à des fibres importées telles que le jute ou le coco ou à des matiÚres recyclées et synthétiques. Objectif : garantir une traçabilité irréprochable et un produit 100 % biosourcé. « En agriculture et espaces verts, ces géotextiles constituent une alternative écologique aux films plastiques pour la couverture des sols et la lutte contre les adventices, explique Frédéric Roure, Président de Géochanvre. En se décomposant, la toile enrichit le sol en carbone et participe à la régénération des sols. Pour développer leur utilisation, l'ambition est de proposer un produit dont le prix puisse concurrencer les solutions plastiques. » Par ailleurs, dix ans de collaboration entre Géochanvre et l'Inrae ont permis d'étudier les propriétés allélopathiques du chanvre, offrant des perspectives pour traiter naturellement certaines maladies ou insectes (comme l'aleurode) et favoriser la mycorhization des sols.


... et dans l'événementiel


Au salon Produrable 2024, FrĂ©dĂ©ric Roure de GĂ©ochanvre rencontre Sophie Chenel, PDG de ProcĂ©dĂ©s Chenel spĂ©cialisĂ© dans la crĂ©ation, le dĂ©veloppement et la distribution de matĂ©riels et techniques destinĂ©s aux concepteurs d'Ă©vĂ©nementiel. Avec un objectif commun de rĂ©duire l'impact environnemental de toute action, ils ouvrent un nouveau dĂ©bouchĂ© au gĂ©otextile de chanvre (l'Ă©vĂ©nementiel) via la crĂ©ation d'un produit (le Geo drop) qui peut ĂȘtre traitĂ© non feu pour rĂ©pondre aux rĂ©glementations sĂ©curitĂ© incendie particuliĂšrement strictes de ce secteur. « Ce matĂ©riau se prĂȘte Ă  la couture, Ă  la dĂ©coupe, Ă  la broderie ou encore au capitonnage, prĂ©cise Sophie Chenel. Un systĂšme de cloisons tubulaires a Ă©tĂ© conçu, utilisant des bandes velcro pour faciliter l'assemblage et l'extension des structures. À Paris, environ quatre millions de mĂštres carrĂ©s de moquette synthĂ©tique sont jetĂ©s chaque annĂ©e aprĂšs seulement deux jours d'utilisation. Substituer ne serait-ce que 10 % de ce volume par du chanvre biodĂ©gradable reprĂ©senterait un gain Ă©cologique majeur ! » Des partenariats ont Ă©tĂ© nouĂ©s avec des lycĂ©es agricoles pour un retour Ă  la terre de Geo Drop une fois utilisĂ©, bouclant ainsi le cycle du carbone sans pollution.ProcĂ©dĂ©s Chenel a rĂ©alisĂ© la dĂ©coration de la salle du congrĂšs All Hemp : les cloisons en gĂ©otextile assemblĂ©es avec du Velcro autour de la tribune ainsi que les guirlandes et lampes en forme de chanvre. L'entreprise de Sophie Chenel organise Ă©galement au printemps un concours Ă©tudiants de design autour du GĂ©o Drop en partenariat avec InterChanvre. L’interprofession explique les atouts du chanvre et propose des visites aux laurĂ©ats du concours.


Alimentation


Miser sur l'innovation culinaire et le circuit-court


Lors de la premiÚre journée, Philippe Guichard (Interval - UTC) a présenté les travaux de l'UTC visant à anoblir le végétal et à valoriser l'utilisation du chanvre en boulangerie, viennoiserie, pùtisserie. Une collaboration avec Stéphane Treuillet, champion de France en boulangerie de 2011 s'est faite afin de montrer concrÚtement comment intégrer le chÚnevis dans nos recettes. Ce dernier a animé un atelier cuisine avec Marc Guillerme, responsable maintenance chez Interval, lors de la demi-journée dédiée à l'Alimentation. Les participants ont ainsi pu mettre la main à la pùte en préparant des gressins et déguster des pains et galettes des rois à base de chanvre. Ce moment convivial a permis aux intervenants de démontrer les atouts du chÚnevis : 10 % de chanvre dans une baguette augmente le taux de protéines de 28 % à 59 %.En parallÚle, Flore Millet, responsable projet, et Coralie Chuberre, chargée de mission filiÚres amont chez Terres de Sources, ont expliqué comment le chanvre, culture ne nécessitant pas de produits phytosanitaires, ni d'irrigation, protÚge les ressources en eau en Bretagne. De son cÎté, Alain Joly, président de Chanvre Nouvelle-Aquitaine a défendu la valeur ajoutée des circuits courts en Nouvelle-Aquitaine et souligné l'importance pour les producteurs de maßtriser leurs outils de transformation pour pérenniser ces filiÚres locales.Pour soutenir cette vitalité, InterChanvre affiche des objectifs ambitieux mais réalistes. Le doublement des surfaces est la priorité, mais le défi reste technique : il faut renforcer les infrastructures de séchage et de triage pour garantir une qualité sanitaire irréprochable du chÚnevis et répondre à la demande croissante de souveraineté alimentaire.


Cosmétique


Le chanvre coche toutes les cases

Pendant des décennies, l'industrie cosmétique a massivement eu recours aux huiles minérales. Mais biologiquement inertes, elles n'apportent aucun bénéfice nutritif à l'épiderme. Depuis environ quinze ans, un virage vers la naturalité s'est opéré, privilégiant les huiles végétales. Si le colza, le tournesol, le coco et la palme sont couramment utilisés, ces deux derniÚres huiles présentent un bilan carbone défavorable en raison de leur origine lointaine. La recherche s'oriente désormais vers des alternatives décarbonées et locales. « L'huile de chanvre, de composition particuliÚrement riche, offre un ratio d'acides gras capable de se fondre par biomimétisme dans la barriÚre cutanée, souligne Sandrine Lecointe, experte en éco-conception en cosmétique et parfumerie. Elle possÚde des propriétés nourrissantes, apaisantes et réparatrices pour la peau, sans provoquer l'effet occlusif propre aux huiles minérales. » « Contrairement au palmier ou au cocotier dont seule une partie est exploitée, le chanvre est valorisé à 100 %, poursuit Isabelle Remirel, experte en recherche et innovation cosmétique. Face à une accélération sans précédent d'obligations réglementaires pour l'industrie cosmétique, le chanvre coche toutes les cases, grùce à une empreinte carbone et un impact hydrique exemplaires. »



Au mĂȘme titre que le guide de culture du chanvre ou le PSE (paiement pour services environnementaux), il est important pour InterChanvre de fournir des outils structurants aux acteurs de la filiĂšre. L'Analyse du Cycle de Vie (ACV) du chanvre cotonisĂ© rĂ©alisĂ©e par Evea avec InterChanvre en est une (voir Newsletter N°25). Elle permet d'apporter les premiĂšres donnĂ©es environnementales de la production de chanvre industriel français dans une base de donnĂ©es internationale de rĂ©fĂ©rence (Ecoinvent). Ainsi, le chanvre cotonisĂ© français a une empreinte carbone de 1,15 kg eqCO2/kg de matiĂšre, soit trois fois moins que le polyester (hors fin de vie) et deux fois moins que le coton ou la viscose. ReprĂ©sentative de plus de 90 % de la production de chanvre français, cette ACV remplace des donnĂ©es antĂ©rieures basĂ©es sur le chanvre indien.

La qualité des fibres, un enjeu primordial

« Il n'existe pas de fibres de qualitĂ© mĂ©diocre, souligne Estelle Delangle, directrice du PĂŽle europĂ©en du chanvre. Il faut juste une adĂ©quation entre la typologie de la fibre et son usage final, c'est-Ă -dire mettre la bonne fibre au bon endroit. Pour cela, le projet ICHAT en cours a pour objectif d'analyser les meilleures technologies de valorisation de la fibre de chanvre textile (courte, semi-longue et longue) autour de trois axes : les itinĂ©raires techniques du champ aux produits finis, le modĂšle Ă©conomique et l'impact Ă©cologique de chaque Ă©tape des itinĂ©raires techniques sĂ©lectionnĂ©s. Ce projet mobilise des acteurs majeurs de la filiĂšre dans les rĂ©gions Normandie, Hauts-de-France et Grand Est. » De son cĂŽtĂ©, Lin et Chanvre Bio Ɠuvre Ă  structurer, de maniĂšre pĂ©renne, une filiĂšre de chanvre textile « fibres longues » en s'inspirant du modĂšle du lin. « La culture du chanvre textile fibres longues Ă©tant complexe, LCBio a Ă©ditĂ© un guide de culture spĂ©cifique et la rĂ©munĂ©ration du producteur est corrĂ©lĂ©e Ă  la qualitĂ© des fibres », prĂ©cise Nathalie Revol, responsable de LCBio.

Géotextile

Une utilisation en agriculture et en espaces verts...

Géochanvre confectionne des toiles végétales en rouleaux à base de chanvre en excluant tout recours à des fibres importées telles que le jute ou le coco ou à des matiÚres recyclées et synthétiques. Objectif : garantir une traçabilité irréprochable et un produit 100 % biosourcé. « En agriculture et espaces verts, ces géotextiles constituent une alternative écologique aux films plastiques pour la couverture des sols et la lutte contre les adventices, explique Frédéric Roure, Président de Géochanvre. En se décomposant, la toile enrichit le sol en carbone et participe à la régénération des sols. Pour développer leur utilisation, l'ambition est de proposer un produit dont le prix puisse concurrencer les solutions plastiques. » Par ailleurs, dix ans de collaboration entre Géochanvre et l'Inrae ont permis d'étudier les propriétés allélopathiques du chanvre, offrant des perspectives pour traiter naturellement certaines maladies ou insectes (comme l'aleurode) et favoriser la mycorhization des sols.

... et dans l'événementiel

Au salon Produrable 2024, FrĂ©dĂ©ric Roure de GĂ©ochanvre rencontre Sophie Chenel, PDG de ProcĂ©dĂ©s Chenel spĂ©cialisĂ© dans la crĂ©ation, le dĂ©veloppement et la distribution de matĂ©riels et techniques destinĂ©s aux concepteurs d'Ă©vĂ©nementiel. Avec un objectif commun de rĂ©duire l'impact environnemental de toute action, ils ouvrent un nouveau dĂ©bouchĂ© au gĂ©otextile de chanvre (l'Ă©vĂ©nementiel) via la crĂ©ation d'un produit (le Geo drop) qui peut ĂȘtre traitĂ© non feu pour rĂ©pondre aux rĂ©glementations sĂ©curitĂ© incendie particuliĂšrement strictes de ce secteur. « Ce matĂ©riau se prĂȘte Ă  la couture, Ă  la dĂ©coupe, Ă  la broderie ou encore au capitonnage, prĂ©cise Sophie Chenel. Un systĂšme de cloisons tubulaires a Ă©tĂ© conçu, utilisant des bandes velcro pour faciliter l'assemblage et l'extension des structures. À Paris, environ quatre millions de mĂštres carrĂ©s de moquette synthĂ©tique sont jetĂ©s chaque annĂ©e aprĂšs seulement deux jours d'utilisation. Substituer ne serait-ce que 10 % de ce volume par du chanvre biodĂ©gradable reprĂ©senterait un gain Ă©cologique majeur ! » Des partenariats ont Ă©tĂ© nouĂ©s avec des lycĂ©es agricoles pour un retour Ă  la terre de Geo Drop une fois utilisĂ©, bouclant ainsi le cycle du carbone sans pollution.ProcĂ©dĂ©s Chenel a rĂ©alisĂ© la dĂ©coration de la salle du congrĂšs All Hemp : les cloisons en gĂ©otextile assemblĂ©es avec du Velcro autour de la tribune ainsi que les guirlandes et lampes en forme de chanvre. L'entreprise de Sophie Chenel organise Ă©galement au printemps un concours Ă©tudiants de design autour du GĂ©o Drop en partenariat avec InterChanvre. L’interprofession explique les atouts du chanvre et propose des visites aux laurĂ©ats du concours.

Alimentation

Miser sur l'innovation culinaire et le circuit-court

Lors de la premiÚre journée, Philippe Guichard (Interval - UTC) a présenté les travaux de l'UTC visant à anoblir le végétal et à valoriser l'utilisation du chanvre en boulangerie, viennoiserie, pùtisserie. Une collaboration avec Stéphane Treuillet, champion de France en boulangerie de 2011 s'est faite afin de montrer concrÚtement comment intégrer le chÚnevis dans nos recettes. Ce dernier a animé un atelier cuisine avec Marc Guillerme, responsable maintenance chez Interval, lors de la demi-journée dédiée à l'Alimentation. Les participants ont ainsi pu mettre la main à la pùte en préparant des gressins et déguster des pains et galettes des rois à base de chanvre. Ce moment convivial a permis aux intervenants de démontrer les atouts du chÚnevis : 10 % de chanvre dans une baguette augmente le taux de protéines de 28 % à 59 %.En parallÚle, Flore Millet, responsable projet, et Coralie Chuberre, chargée de mission filiÚres amont chez Terres de Sources, ont expliqué comment le chanvre, culture ne nécessitant pas de produits phytosanitaires, ni d'irrigation, protÚge les ressources en eau en Bretagne. De son cÎté, Alain Joly, président de Chanvre Nouvelle-Aquitaine a défendu la valeur ajoutée des circuits courts en Nouvelle-Aquitaine et souligné l'importance pour les producteurs de maßtriser leurs outils de transformation pour pérenniser ces filiÚres locales.Pour soutenir cette vitalité, InterChanvre affiche des objectifs ambitieux mais réalistes. Le doublement des surfaces est la priorité, mais le défi reste technique : il faut renforcer les infrastructures de séchage et de triage pour garantir une qualité sanitaire irréprochable du chÚnevis et répondre à la demande croissante de souveraineté alimentaire.

Cosmétique

Le chanvre coche toutes les cases

Pendant des décennies, l'industrie cosmétique a massivement eu recours aux huiles minérales. Mais biologiquement inertes, elles n'apportent aucun bénéfice nutritif à l'épiderme. Depuis environ quinze ans, un virage vers la naturalité s'est opéré, privilégiant les huiles végétales. Si le colza, le tournesol, le coco et la palme sont couramment utilisés, ces deux derniÚres huiles présentent un bilan carbone défavorable en raison de leur origine lointaine. La recherche s'oriente désormais vers des alternatives décarbonées et locales. « L'huile de chanvre, de composition particuliÚrement riche, offre un ratio d'acides gras capable de se fondre par biomimétisme dans la barriÚre cutanée, souligne Sandrine Lecointe, experte en éco-conception en cosmétique et parfumerie. Elle possÚde des propriétés nourrissantes, apaisantes et réparatrices pour la peau, sans provoquer l'effet occlusif propre aux huiles minérales. » « Contrairement au palmier ou au cocotier dont seule une partie est exploitée, le chanvre est valorisé à 100 %, poursuit Isabelle Remirel, experte en recherche et innovation cosmétique. Face à une accélération sans précédent d'obligations réglementaires pour l'industrie cosmétique, le chanvre coche toutes les cases, grùce à une empreinte carbone et un impact hydrique exemplaires. »


 
 
 

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